mercredi 5 décembre 2012

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Il y a un 1 an,  drôle d'anniversaire, Choupinette, 4 e du nom allait naître. Ca devait passer comme une lettre à la poste. Sauf que non. Après 9 mois bien tassés d'attente (je soigne les finitions en ce qui concerne les enfants), après 3 jours de faux travail (youhou le jonglage !), à faire comme si de rien n'était avec les enfants, me voici enfin partie !



Il y a 1 an, j'arrivais à la maternité (enfin !!! Le dixième mois de grossesse étant entamé...) monito...et là je me disais que soit la sage femme était gourde soit c'était mon coeur que l'on entendait. Ben non, c'était pas le mien !

Il y a 1 an, ton coeur était tellement lent que la vitesse et le nombre des gens autour de moi furent inversement proportionnels. Direction le bloc, césarienne en urgence et 20 min plus tard, je voyais tes fesses  mais pas ton minois, pour le peau à peau tu repasseras !

Il y a 1 an, on me donnait un premier chiffre : 6,82. Complètement dans le gaz, je me demandais ce que cela pouvait bien être, mais ça sentait le roussi vu la tête des 20 personnes autour de moi. 6,82, ça n'est pas le poids, ça n'est pas non plus la taille, ou alors peut-être la pointure ?
Non de non ! C'était l'acidité du sang, ah, ça , tu l'as pas eu pour les tiens, l'acidité du sang. C'est qu'au p'tit bonheur, on peut pas faire les choses comme tout le monde. D'ailleurs, sur ton carnet de santé, tu n'as pas de taille de naissance.

Il y a 1 an, il faut croire que tu n'avais pas lu le scénar jusqu'au bout avant de venir, parce que tu as quand même fait un peu tout de travers Choupinette  ! Méconium : dans le bide de ma mère, comme ça, vas-y que je t'avale ça et que je me colle les poumons. Inversion de la circulation sanguine (le truc qui se passe grâce au grand cri) et ben avant la sortie, tant qu'on y est. Bilan, même pas sortie, plus d'oxygène et début bien avancé d'auto-destruction.

Il y a 1 an, Le samu arrivait pour t'emmener illico presto

Il y a 1 an, "Ca va madame ? On emmène votre bébé, il est en très grande souffrance , on va lui faire une écho cardiaque et ensuite, direction la réa ! "

Il y a 1 an, "le samu est là, si la couveuse passe par la porte vous pourrez la voir mais sinon non." Tout le monde s'occupait du bébé. Mon mari qui devait participer au remplissage du dossier médical ne savait plus où il habitait, comment il s'appellait, combien il avait d'enfants et moi j'avais l'impression d'être spectatrice de ma vie.
Finalement, on te présentait à moi, une minute, avant de t'emmener. Mis à part la situation particulière, tu ressemblais terriblement aux autres et tu avais l'air de te battre. En tout cas, je repartais avec la sensation que tu n'étais pas une si petite chose.

Il y a 1 an, le médecin, la tête grave, était plutôt empathique, j'avais de la chance (si on peut dire...). Il m'expliquait ce qu'on allait te faire et suivait heure par heure l'affaire. Tu étais en très "grande souffrance" et tout allait être fait pour te sauver. On t'emmenait dans l'hôpital le plus spécialisé de Paris.

Il y a 1 an, le lendemain, toute seule dans ma chambre, dans l'incertitude la plus complète quant à la suite des évènements, je me demandais comment j'allais tenir sans toi. Je pleurais, beaucoup. J'avais envie de vomir, beaucoup, j'avais l'impression d'être une démangeaison géante, beaucoup. Et j'apprenais que c'était normal, c'était la morphine (c'est pas possible de prévenir avant ? J'en étais à me demander ce que j'avais bien pu ingurgiter, en l'occurence rien, pour être allergique comme ça).

Il y a 1 an, je me disais que j'avais bien fait de choisir cette maternité catholique bien qu'éloignée de chez nous. Tout le monde était aux petits oignons, je fus chouchoutée comme jamais, y compris par la soeur que je ne voulais surtout pas revoir (pour Milou, c'était elle aussi, et on peut dire qu'elle en tenait une sacrée couche). Je ne saurais dire assez ma gratitude aux médecins comme aux sages-femmes, aides-soignantes...Ce soutien humain et spirituel m'a été d'une grande aide.  Finalement nous étions toutes les deux séparées mais dans de bonnes mains. Par contre pas de nouvelles de toi, les médecins qui s'occupaient de toi étaient techniquement trop occupés pour communiquer.

Il y a 1 an, nous étions complètement blackboulés, dans l'incertitude la plus totale te concernant mais nous expérimentions pour la première fois (faut bien une première fois) la force de la prière, la force des mots de soutien. Tous nos amis se manifestaient et nous fûmes renversés par cette vague d'amour et de prière. Nous qui pensions que ce n'étaient que des mots, même maladroits parfois, nous découvrions un continent inconnu et nous sentions enveloppés de toutes ces attentions. Nous étions réfugiés dans la main de Dieu. Abandonnés à Sa volonté.

Il y a 1 an, nous expérimentions aussi "la médecine hospitalière" en ce qui te concerne. Des techniciens extraordinaires, capables de faire des miracles (c'est le cas de le dire) mais un peu sous-développés pour certains au niveau humain ( pas tous, pas tous, faut pas généraliser quand même, mais on peut faire du concentré dans un seul, en l'occurence, le chef de clinique). Il y a 1 an, j'ai dû attendre 3 jours pour avoir des nouvelles de mon bébé. Pas parce qu'on m'avait appelé, non, faut pas rêver quand même, appeler la mère pour lui donner des nouvelles, ça aurait été trop simple. Non, parce que, sans aucune nouvelle, j'ai dû attendre que mon mari me rapporte leur n° de téléphone que personne ne m'avait donné...On nous prenait soit pour des neuneus soit de haut avec des mots barbares, des sigles incompréhensibles et surtout tout ça enveloppé dans un papier cadeau de précautions langagières. Bien qu'ayant dit de quelle manière j'avais besoin qu'on me parle (je peux  être bien trash à mes heures, et je ressentais ces précautions comme des agressions) rien n'y fit.  Le module psycho devait être aux abonnés absents depuis un moment et autant te dire que, quand tu viens d'accoucher dans ces conditions et que ton enfant est entre la vie et la mort, il y en a un peu besoin.

Il y a 1 an, je te voyais vraiment au bout de 4 jours, en ayant à peine le droit de te toucher. Jétais très très frustrée de ne pas pouvoir te prendre dans le bras et de constater l'impuissance dans laquelle j'étais. (j'ai beaucoup, beaucoup de mal à rester impuissante devant une situation. Le lâcher-prise n'est pas une de mes qualités première, tout comme la patience d'ailleurs...)

Il y a 1 an, nous attendions confiants ce que la Providence déciderait pour toi.

Il y a 1 an, tu restais 15 longs jours en réanimation. Pendant la première semaine, nous n'avions aucune idée de si oui ou non nous allions te récupérer et si oui, dans quel état. Tu étais intubée de partout, réfrigérée pour te reconstituer (aussi étonnant que cela puisse paraître, maintenus à 36°C, les organes se reposent et se régénèrent), sédatée. La deuxième semaine, malgré le peu de communication des médecins, je te voyais reprendre des forces, hurler enfin (je n'ai jamais autant souhaité le pleur d'un bébé), têter goulument. Chaque jour voyait tes progrès. Une sonde de moins, une perfusion de moins, un tube de moins, un capteur de moins, une têtée en plus, une couche (et oui !) en plus, un pyjama en plus, une turbulette en plus, une couveuse en moins, un bain en plus (au bout de 10 jours de vie...), une visite de tes aînés, un peu impressionnés par tout l'attirail qui t'entourait.

Il y a 1 an, ton frère venait me voir avec un scoubidou coincé dans le nez en me demandant qui il imitait (on aime beaucoup imiter dans notre famille), et c'était toi qu'il imitait. Puissance du rire, de l'humour dans une situation si délicate.

Il y a 1 an, je rentrais sans bébé de la maternité mais avec l'espérance de te retrouver le plus vite possible. Je tirais mon lait pour pouvoir te l'apporter et installer grâce à cela "le temps du bébé" parmi nous. J'étais infiniment triste de ne pas t'avoir avec moi, de ne pas sentir ta petite peau toute douce, ton odeur de bébé dans les plis de ton cou, ton abandon dans mes bras, ta peau contre la mienne. J'en avais rêvé et comptais bien en profiter.

Il y a 1 an, après 15 jours d'aller et retour, de questions sans réponses, d'impuissance totale face à la situation, nous avions enfin l'autorisation de te ramener à la maison. Saine et sauve. 3 jours avant Noël. Quel beau cadeau.
Les bouchons parisiens décidèrent de tester encore une dernière fois notre patience et nous bloquèrent 3 heures durant. Là encore, nous n'avions pas vraiment rêvé d'un tel accueil. Nous avions prévu de revenir vers 18h pour que tes frères et soeurs puissent t'accueillir. Mais rien ne se passait comme prévu. Nous ne remercierons jamais assez nos adorables voisins et amis qui prirent soin de vous sans compter leurs heures. Nous arrivâmes à 21h bien sonnées, exténués. affamés. L'accueil fut donc très très écourté...Et pourtant dès cette heure tardive notre vie nouvelle à 6 commençait.

Il y a 1 an, nous avons l'impression que c'était il y a une éternité. Ce petit bébé si fragile est devenu une petite fille pleine de vie, à la volonté de fer (et de faire), qui rit tout le temps, toute étonnée d'être parmi nous. Tu as bien profité du peau à peau finalement, ta maman t'ayant gardée le plus près possible d'elle. Nous en avons passé des nuits ensemble, tu as même tenté de faire durer le plaisir en remettant toujours au lendemain le début de tes nuits complètes. Aujourd'hui tu pétilles de vie, tu nous fais rire avec tes facéties, tu es câline et tes "câlins de joue" me font fondre. On ne peut imaginer que nous avons failli ne pas te connaître.

Deo gratias


PS : C'est surtout pour ma choupinette que j'ai écris ceci, pour nous souvenir de ce jour si particulier. La vie ayant repris le dessus, on a tendance à oublier ces instants, fussent-ils éprouvants.

10 commentaires:

  1. Quels difficiles débuts ! Heureusement vous avez pu vous rattraper les cinquante semaines suivantes... Joyeux anniversaire à cette petite fille !

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  2. Oh la la, terrifiant en effet!
    Alors très très heureux anniversaire à la jolie demoiselle, à la bouille malicieuse, et plein de pensées pour vous...

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  3. Comme il est touchant ton billet. Décidément c'est la journée! Bel anniversaire à cette petite fille déjà tenace, et c'est une qualité. Une pensée pour toi qui a aussi du être courageuse d'être séparée de ton bébé. Tu lui rends un bel hommage. Jolie journée à vous!

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  4. Puisse la solide détermination dont elle a fait preuve lors de ces premières épreuves l'accompagner toute sa vie... Puisse-t'elle par contre épargner vos nerfs, à l'avenir... ;)
    Un très bel anniversaire à cette toute jeune demoiselle qui vous impressionnera encore bien souvent, pas de doute là-dessus...

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  5. hooo c'est malin tu m'as fait pleurer en pleine après midi;)
    holala qd je repense à tout ce que vous avez vécu!!! et nous qui avions eu peur pour notre petit prince, quelques mois avant...mais ce n'était finalement pas gd chose ! deo gracias!!
    et bon anniversaire petite fille sourire!!! profites bien de la vie!!!

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  6. Bon anniv petite bichette et surtout "lâche pas l'affaire", maman est certainement encore plus patiente qu'il n'y parait ...

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  7. C'est donc ça tout ce caractère bien trempé ! Joyeux anniv petite bichette !

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  8. Et bien ça alors.... quelle épreuve dis donc, ça m'émeut tout plein...
    Je n'ose imaginer ce que vous avez du ressentir!
    En tout cas elle aura une force de caractère à toute épreuve! :)

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  9. Ah ma choupi choupinette, on aimerait bien t'avoir tout pres pour te souhaiter le plus merveileux des anniversaires!!! Mais non mais non, pas de larmes, on rigole rien qu' a la voir ta biquette!
    Maman grenouille a l'oeil un peu fatigué ce matin, mais t'embrasse tt de méme trés fort!

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  10. Très émue de lire tout cela... Merci Seigneur d'avoir protégé cette petite vie...!

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