mardi 4 mars 2014

Tomboy et alors ?


Après les nombreuses polémiques suscitées par le film Tomboy, j’ai voulu me faire ma propre idée. Parce que je n'aime pas qu'on me dise ce que je dois penser...
J’étais prête à le prendre à la médiathèque du coin quand Arte l’a programmé et j'ai effacé de mon esprit ce que j'avais pu lire ça et là. Ce qui a été facilité grandement par le fait que les articles lus se contentaient le plus souvent de citer le film et de dire que non ce n'était pas possible sans forcément rentrer dans les détails.

Comme j’ai 4 enfants dont 3 scolarisés dans le public et qu’ils vont assez régulièrement au cinéma avec le programme « Ecole et Cinéma » (au sein duquel on peut retrouver Tomboy), il m’a parut intéressant de me faire ma propre opinion avant d’y envoyer ma fille aînée, 10 ans, mon fils 7 ans et la fille suivante de 5 ans. 
Et bien je suis étonnée.


Je trouve qu’il y a dans ce film plusieurs éléments qui ne collent pas.

Tout d’abord, un bref rappel du film. Laure, 10 ans  et sa sœur de 6 ans viennent d’emménager avec leurs parents dans une nouvelle résidence. Sa mère est en fin de grossesse. C’est l’été. Laure qui a une apparence très androgyne visiblement cultivée (cheveux courts, débardeurs de garçons, shorts informes) prend contact avec la bande d’enfant de la résidence auprès desquels elle se présente comme Mickaël. Avec eux, elle joue au foot, au béret, se baigne, est « dragué » par une fille avec laquelle il/elle vit un petit flirt. Sa petite sœur découvre l’entourloupe mais ne dit mot aux parents, inventant même un énorme bobard du haut des six ans, en substance : «  J’ai rencontré un ami de Laure qui s’appelle Mickaël, on joue super bien ensemble ». Tout ceci jusqu’au jour où après s’être battue avec un camarade, la mère de ce dernier vient sonner à la porte pour demander des excuses à « Mickaël ». La mère de Laure/Mickaël découvre à cette occasion que sa fille se fait passer pour un garçon. Une fois la porte fermée, elle la gifle sans autre forme d’explication et lui demande assez abruptement le lendemain d’aller présenter ses excuses en revêtant une robe. Sous la menace, elle s’exécute et va chez l’ami avec lequel elle s’est battue puis chez sa « petite amie » Lisa. Tout le groupe d’enfant est très choqué par cette révélation et décide de vérifier par lui-même la véracité de l’identité sexuelle de Laure (ce dont se charge Lisa). Puis, le temps passant, le film se termine sur des retrouvailles toutes en retenue entre Lisa et Laure.

A mon sens donc, plusieurs éléments ne sont pas en place, comme s’il y avait un collage entre des ressentis d’adultes et des vies d’enfants. Un décalage psychologique sur certaines attitudes qui me semblent irréalistes.
Je m’explique à l’aide de quelques brefs exemples.

Tout d’abord,  dans tout le film, la dite Laure/Mickaël n’a pas l’air follement bien dans ses baskets et ça n’émeut personne. Les parents ne vont pas plus loin que « tu as passé une mauvaise journée ? ».  Cela me semble bien léger compte-tenu des courants éducatifs actuels.
Ensuite, on nous présente une maman enceinte. Or cette grossesse ne semble pas émouvoir plus que ça Laure. Aucune question de l’enfant sur le sujet alors que s’il y a bien une occasion de parler d’identité sexuelle c’est celle-là. Testé personnellement à 3 reprises. Ça marche à tous les coups. Et là…Rien. Calme plat, les filles se contentent de toucher le ventre de la maman.

On continue avec Laure. Laure a un corps  très androgyne, des vêtements de garçon, une coupe de cheveux qui n’a absolument rien de féminin et personne ne semble s’apercevoir de cela (essayez donc de couper les cheveux d'une fille sans tenir compte de son avis...). Alors même que sa cadette multiplie les apparitions en culotte rose, justaucorps et tutu au milieu de ses poupées. Avec mon aînée de 10 ans (même âge que Laure), qui n’est pas particulièrement « fille », les vêtements sont encore choisis conjointement et je doute que des parents ne puissent se rendre compte d’un choix orienté des vêtements.
Même constat avec les attitudes de Laure. Celles-ci sont, y compris dans sa maison, plutôt « marquées » garçon. Personne ne semble y prêter attention. Cela me semble totalement invraisemblable en tant que parent de ne pas l’observer.  Sans avoir été moi-même garçon manqué, de nombreuses filles de mon entourage l’étaient et nous le remarquions tous, parents compris. Et d’ailleurs tout le monde s’en fichait éperdument…ça n’empêchait personne de faire des cabanes, des jeux dans la forêt etc. On n’en faisait pas tout un plat mais on disait de telle fille qu’elle était un garçon manqué et ça s’arrêtait là. C’était un jeu comme un autre après tout et d’ailleurs cela n’a en rien auguré de leur identité sexuelle finale, elles sont mères de famille aujourd’hui.

Et on arrive au clou du spectacle.  La mère de Laure a l’air de tomber des nues quand elle apprend que sa fille s’est faite appeler Mickaël et s’est faite passer pour un garçon. En voyant le film, à cet instant là, voilà ce que je me suis dit  « elle a de la m...de  dans les yeux sa mère de ne pas l’avoir vu, c’est juste hallucinant ! ». La scène me parait hautement improbable. Ceci sans compter sa réaction : une gifle. On récapépète pour ceux qui n’auraient pas suivi : Laure a un look de garçon, des attitudes de garçon, elle traîne son ambivalence et son mal être tout le long du film et vlan une gifle de sa mère quand elle apprend qu’elle ose se faire passer pour un garçon ???  Ouiouioui… Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu…..
Je pense que beaucoup de parents auraient vu cela venir à 10 kilomètres et l’idée d’être choqué alors qu’on a vu ça venir et que l’enfant n’a que 10 ans….Ce n’est pas crédible une seule seconde (même si le déni existe, on est bien d'accord). Encore moins quand on vient de déménager, à l’aube d’une naissance et donc plutôt réceptifs aux signaux de détresse que peuvent envoyer les enfants (même  si on peut choisir d’y répondre ou pas). C’est quoi cette psychologie à deux balles ?  Alors ça me pose question…Il manque une parole d’adulte VRAIE et confiante qui permette à l’enfant de dire son malaise. Malaise que l’on ressent nous aussi devant toutes ces réactions étranges et déplacées et cette importance démesurée donnée à une attitude enfantine vraisemblablement plus proche du jeu.

J’ai l’impression en regardant ce film, qu’il tente de faire passer pour véritable des attitudes qui ne le sont pas. Notamment concernant l’attitude des parents qui est finalement encore plus dérangeante à mon sens que l'attitude de l'enfant. Laure a potentiellement une identité sexuelle trouble (peut-être n'est ce qu'un jeu, pour rappel, elle a seulement 10 ans, et est donc dans la phase que l'on appelle "phase de latence sexuelle" selon Freud) et aucune personne de son entourage avec qui parler ça me semble suspect. Les parents n’ont pas l’air totalement stupide, plutôt bienveillants, proches de leurs enfants, confiants dans les capacités de ceux-ci et donc l’ensemble est incohérent. Toutes ces incohérences me donnent l’impression d’être manipulée par des glissements de sens et d’attitudes. Comme si tous les parents, même les plus bienveillants (c'est a priori le cas dans ce film) avaient ce type de réaction face à l’androgynie, comme si tous les enfants qui l’étaient étaient nécessairement dans le mal-être, alors qu'à 10 ans, ça relève plutôt du jeu.
Toutes ces raisons, ces réactions déplacées font qu’en définitives, non, je ne souhaite pas que mes enfants voient ce film ou alors seulement avec moi pour que nous puissions en discuter librement et certainement pas aux âges qu'ils ont aujourd'hui. Il a été troublant et même source de malaise pour moi à cause de ces incohérences étranges. Je n’ose imaginer avec mes enfants alors même que je tente avec eux d’avoir des relations de confiance. Présenter à l’enfant un film entier où l’enfant ne semble pas heureux, ne semble pas se construire et où les parents qui pourraient l’aider sont absents sur ce sujet me semble assez violent pour des enfants en pleine construction de leur identité, de leur base affective et sexuelle.

C’est mon avis personnel. Nul doute que d’aucuns ne seront pas d’accord avec moi. Pour moi cette éducation se passe à la maison, dans une atmosphère d’amour, de présence chaleureuse et tendre, de confiance qui permet de discuter ensemble de tout dans le respect de chacun et qui aide chaque enfant à se découvrir et à se construire sexuellement et affectivement.

Et si on laissait aux enfants la liberté d’être qui ils ont envie d’être en leur montrant simplement le chemin de ce qui nous a semblé bon à nous, en en parlant en toute confiance avec eux, en les accompagnant, en les guidant. Libre à eux d’en discuter et d’en faire ce qu’ils veulent ensuite (on a même le droit de se tromper….)


6 commentaires:

  1. Merci pour cette analyse, très bien étayée. Je n'ai pas vu le film mais finalement, je ne regrette pas de l'avoir manqué. C'est caricatural. J'espère que la suite du programme ABCD de l'égalité ne ressemblera pas à ça.
    Il me semble que c'est bien de vouloir faire en sorte que les enfants ne se mettent pas de barrières pour accéder à des métiers typés. J'ai eu une maman institutrice qui a choisi d'être au foyer. Elle m'a poussé à exercer des métiers de filles et "accessibles" (couturière, institutrice, infirmière, puéricultrice) bien loin du métier "d'homme" dont je rêvais (consultante dans un think tank). Elle a essayé de me décourager à passer les concours. Elle ne croyait pas en moi. Aujourd'hui, j'exerce un métier très proche de celui qui me faisait rêver. Je souhaite simplement qu'aucun enfant n'aura à vivre ce que j'ai pu vivre dans mon enfance en ce qui concerne l'orientation. En revanche, j'ai eu la joie de vivre dans un foyer dans lequel mes parents, par leurs amour et leur respect mutuel, a été fondamental pour nous, les enfants. Je suis complètement d'accord sur le point de l'éducation... une présence chaleureuse, tendre, une atmosphère de confiance, c'est primordial. Bien plus que l'ABCD de l'égalité.
    bonne journée Madame Petit Bonheur!
    Caro

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    1. Merci Caro ! Je comprends cet énervement d'être poussée uniquement vers certains métiers...C'était une autre génération aussi ! Je considère avoir eu beaucoup de chance de ce côté-là.
      Bonne journée à toi

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  2. Enid Blyton était très en avance sur son époque avec Claudine !
    Bon, je te provoque, inutile de répondre !!!

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    1. Ce n'était pas plutôt Claude dont tu voulais parler ? L'avantage des livres d'Enid Blyton, chacun s'identifiait à qui il voulait et on en faisait pas tout un plat !

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  3. A la limite, la question n'est pas de savoir ce qui nous choque nous adultes, mais de savoir ce que va en retirer l'enfant qui va visionner le film.
    Il est fort peu probable qu'il relève les incohérences du film. Donc quel est le message que l'on veut faire passer à travers ce film et de quel manière ce message est-il reçu par les enfants compte tenue du fait que c'est eux, le public ciblé ?
    Je n'ai pas vu le film, et je n'y tiens pas du tout à te lire.

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  4. moi aussi je me suis farci ce film quand il est passé sur Arte, par honnêteté intellectuelle, pour ne pas me contenter de faire circuler la critique des autres sans me l'approprier. Oui je partais avec un gros a priori comme handicap, mais en fait j'ai découvert que ce film était bien pire que ce que je pensais. Intérêt artistique: nul. Longueurs qui m'ont fait pousser des soupirs d'ennuis, et du coup aussi de la peine pour tous ces enfants CONTRAINTS de le voir avec l'école. Si au moins on leur laissait le choix. Un vrai navet du point de vue artistique pur. Ensuite, pour le message, ben j'ai trouvé ça triste. Du mensonge, du faux-semblant, beaucoup de tristesse chez cette fille, la contagion du mensonge chez la petite soeur qui comprend le "jeu" de sa grande-soeur et y participe avec joie et complicité. Et puis ces parents à l'ouest, pas du tout proches de leurs filles. ça m'a choqué. Ils les laissent complètement livrées à elles-mêmes. J'ai deux enfants, et jamais je ne les laisse livrés comme ça. Sauf de courts moments pour dire de ne pas être sur leur dos, mais je garde un oeil quand même. J'ai ressenti une grande gêne aussi dans le choix des plans. Pourquoi s'attarder aussi longtemps et souvent sur des scènes voyeuristes. Des plans répétés sur les fesses, cette scène aussi où elle sort toute nue de la baignoire à une époque où nous faisons beaucoup plus attention à la nudité des enfants dans les films à cause des pédophiles. Ce long plan sur la fabrication du faux zizi en pâte à modeler, ça tournait à l'obscénité. Mais tu sais, je pourrais continuer longtemps les critiques, ça ne sert à rien. Il faut comprendre que la réalisatrice et son équipe sont des malades du cerveau. Ils veulent juste choquer, n'ont que peu de compétences artistiques, et aiment tout ce qui est subversif. Je cite Céline Sciamma la réalisatrice: "Je voulais pouvoir faire un film qui milite à un endroit où ça allait fonctionner, où je n’allais pas m’adresser à des gens déjà convaincus, parce qu’il y a une promesse de cinéma derrière. J’ai le souci de ces équilibres : il faut toucher un maximum de gens avec des messages subversifs et politiques. (…)" Avec ça on comprend mieux sa mentalité et le "non but" du film. Si le sujet t'intéresse, pour tes enfants ou pour d'autres enfants concernés par la recherche de son identité sexuelle, je te conseille de lire l'article de Bab-El à ce sujet, un auto-témoignage vraiment profond. On aurait mieux fait de faire un film sur cette fille, ça aurait plus intéressé les enfants car ça aurait été tout à fait dans le style club des 5, avec plein d'aventures et de réalisme, et ça aurait parlé plus positivement et constructivement de cette recherche. Je te donne le lien ici : http://lacorbeilleapapier.hautetfort.com/archive/2014/01/04/j-etais-un-tomboy-pas-un-transgenre-5262440.html

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