lundi 16 juin 2014

C'est peut-être un détail pour vous, suite...


Comme promis, je reviens sur le "détail".

Plus mon expérience de mère avance, plus je suis frappée d'une chose : la compréhension d'un "besoin" de l'enfant équivaut presque (tout est dans le "presque") à avoir réglé son problème.


Je m'explique.

Sans chercher à sonder à tout bout de champs les besoins et désirs de nos chers enfants, il est impressionnant de constater l'efficacité des mots sur les maux.
Vous allez me dire, c'est une lapalissade, depuis le temps qu'on le sait, ce billet n'apporte vraiment rien de neuf. Effectivement, rien de neuf. Mais que celle qui n'a jamais passé son chemin devant une colère sans chercher à comprendre ou celle qui ne constate jamais, impuissante, l'inefficacité de son mode de communication me jette la première pierre.

Donc à la fois je connais le pouvoir de ces mots et en même temps j'oublie fréquemment de m'en servir.

Comme je l'avais décrit dans "c'est peut-être un détail pour vous", c'est à chaque fois la devinette pour essayer de comprendre ce qu'il se passe dans les têtes de nos enfants, mais quel soulagement quand enfin, nous nous comprenons. Quand nous reconnaissons nos besoins réciproques, tout paraît plus simple.

J'ai été particulièrement frappée avec mes deux dernières (un peu plus d'expérience et moins de stress, donc peut être plus d'écoute ?) de  constater que cela fonctionne même avec de tout petits bébés. Par la description de ce qu'ils peuvent éventuellement ressentir et même si l'on tombe à côté de la plaque bon nombre de fois, on les rejoint et ils se sentent instantanément mieux.

"Tu pleure, tu as faim ?"
"Tu voudrais un câlin ?"
"Tu as mal, tu ne te sens pas bien ?"
"Tu est vraiment fatigué on dirait..."

A peine ces mots prononcés doucement et attentivement, on sent le bébé qui relâche un peu la tension, qui parfois vous regarde intensément l'air de dire "youpi, je me sens compris"
Fabuleux pouvoir des mots.
Inutilisé pouvoir des mots
Même si l'une des parties n'ai pas encore capable de parler.

Si on ne peut pas forcément apporter de solution immédiate, le simple fait d'avoir été compris calme le jeu.

Alors certes, on a pas toujours le temps ni la patience de vouloir mieux communiquer mais quand on s'en donne un tout petit peu les moyens...

Prenons les "terrible twos", ces charmants bambins de deux ans qui cumulent une croquitude incroyable et un pouvoir de nuisance/destruction/frustration rarement égalé.

Emmenons-les faire les courses au supermarché avec leur passage obligé à la caisse où fleurissent bonbons et sucreries (ce que ma deuzan a parfaitement repéré). La première fois qu'elle a repéré le gros lot, j'ai eu droit comme n'importe quelle mère à une petite colère sympathique parce que je refusais de lui en donner. La simple description " Tu as vu les bonbons et tu trouves qu'ils ont l'air bon, tu aimerais en avoir toi aussi ? Malheureusement aujourd'hui nous n'achetons pas de bonbon, mais c'est vrai qu'ils ont l'air bon" et voilà que la colère était partie, comme par magie. Depuis, chaque fois que nous passons devant, nous décrivons ce que nous voyons, combien ils sont jolis, combien ils ont l'air bon, et parfois même, on oublie qu'ils sont là...
Décrire ce que l'autre peut ressentir c'est déjà faire un effort pour le rejoindre.

Comprendre que l'autre peut se sentir
- triste,
- tendu,
- envieux,
- déçu,
- plein de regrets,
- gêné,
- confus,
- dans une impasse,
- fatigué,
- débordé,
- déprimé,
- ailleurs,
- soucieux,
- agressif,
- découragé,
- en colère,
- surpris,
- confiant,
- enthousiaste,
- satisfait,
- fier,
- détendu,
- joyeux
-...

Apprendre soi-même à le dire, l'apprendre à ses enfants,
Apprendre aussi à  formuler ses besoins pour qu'ils soient audibles et compréhensibles, dire que l'on a besoin de ...
- calme,
- tendresse,
- prendre soin de soi,
- discuter pour y voir plus clair,
-  rigoler,
- demander pardon,
- pleurer,
- être soutenu,
- être seul,
- se reposer,
- être aidé,
- changer d'air,
- être reconnu,
- célébrer une réussite,
- un évènement,
- se défouler,
- être encouragé...
-...

Tant de besoins qu'il nous est difficile d'exprimer et qui donnent du sens à nos demandes.(liste des besoins à retrouver ICI.)

Dernier exemple cette fois-ci avec mon Albatros, en phase "cause toujours tu m'intéresse ! Quoi ? Tu m'as demandé un truc ?".

En semaine, et sauf cas particulier, les enfants dînent avant nous. Il faut donc que les enfants enlèvent leurs affaires de la table  pour que nous puissions à notre tour prendre place. Je formule donc ma demande à l'Albatros qui, comme chaque soir, n'a toujours pas rangé ses couverts:

- Albatros, peux-tu ranger tes affaires, s'il te plaît ?
-.....
- Aaaalbaaaatros, peux-tu RANGER tes affaires ?
-.....
-ALBATROS VIENS RANGER TES AFFAIRES !!!!
-....
Au bout de ces trois demandes infructueuses, je tente autre chose...:

-Albatros, j'ai besoin que tu viennes ranger ton assiette car je ne peux pas mettre le couvert pour nous tant que tes affaires y sont.
- Ah, bah fallait le dire !
Et l'Albatros de s'exécuter immédiatement (oui, immédiatement,tu as bien lu !).

Bref... Tout à coup (et par hasard) j'avais exprimé la raison profonde de cette demande, et même si l'Albatros était quand même atteinte d'une surdité sélective carrément insupportable, force est de constater que la simple description du vrai besoin a largement contribué à obtenir ce dont j'avais besoin. Elle lui donnait du sens. Coup de chance pour moi, l'Albatros avait besoin de connaître le "sens" de ma demande (en fait, elle est, par nature, incapable de répondre à une question qui n'a pas de sens).

Voilà pourquoi ces petits détails, ces petits pas sont aussi ceux qui nous changent vraiment la vie.


8 commentaires:

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    1. Nous sommes d'accord, mais pourquoi n'y pensons nous pas plus souvent ? J'ai besoin de me faire régulièrement des piqûres de rappel sinon ça part en cacahuètes...

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  2. Réponses
    1. Merci Bibiche pour le rappel du rappel car l'ennui dans cette histoire c'est que le plus souvent on oublie et qu'une simple petite phrase peut nous simplifier considérablement la vie...Pffff, pourquoi on l'oublie à chaque fois, hein ?

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  3. jsuis fan! pile poil ce que j'étais en train de chercher!!!! comment mettre des mots sur les émotions et besoins des enfants pour faire baisser la pression, merci mme petit bonheur! j'achète le bouquin et j'imprime les affiches des besoins et comment je me sens...ça va nous aider tiens!

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    1. D'accord sur le principe, mais quand on a juste quelques minutes devant soi ? Quand on comprend (a priori) bien le problème mais qu'on ne peut pas le résoudre ? Ce matin, Mademoiselle 9 ans refusait d'aller à l'école et j'ai manifesté compréhension, empathie, car elle explique bien ses difficultés de petite fille sage à supporter des voisins turbulents... aucun succès. A un moment, il faut vraiment y aller, parce si elle est en retard à l'école, moi je serais
      en retard au travail, donc d'une part mon patron ne sera pas ravi, et d'autre part je me sentirai obligée de terminer plus tard au bureau, donc ce soir je serai en retard pour récupérer son frère à l'école, c'est le cercle vicieux ! Alors je préviens que je vais me fâcher, je finis par me fâcher, elle part en pleurant et de mon côté je suis très triste de cette situation, mais s'il faut prévoir des heures de discussion et de négociations chaque jour, on ne va plus s'en sortir !

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    2. Merci Clara pour cette remarque très judicieuse ! Dans notre langage familial, nous disons que nous n'allons passer notre temps à nous "tâter le pouls". Donc il ne s'agit pas de négociation ni de discussion. Je n'ai sans doute pas assez insisté sur le fait que oui, nous n'avons souvent pas le temps (c'est même la majorité des fois le cas), Prendre 30 secondes pour "rejoindre" son enfant par une seule phrase d'empathie permet souvent de s'éviter les 10 minutes de pourparlers et/ou de crise/négociations éternelles. Même si notre phrase est maladroite, à côté de la plaque, l'enfant entend que ce qu'il peut ressentir est pris en compte. Cela peut être aussi simple que " Milou, je te demande de mettre tes chaussures, je sais que tu ne les aimes pas et que tu n'as pas envie de les mettre mais je te demande de faire un effort et de les mettre, nous verrons ce soir ce que nous pouvons faire à propos de tes chaussures pour trouver une solution". L'enfant a souvent juste besoin d'entendre que nous savons ce qu'il ressent et que nous essayons (maintenant ou plus tard ou même jamais) d'y trouver une solution si c'est nécessaire.
      Généralement, dès la description du ressenti, une partie de la colère ou du désagrément disparait.
      S'il y a un vrai gros problème, l'outil de résolution de problème est très efficace ( mettre le problème sur la table, le décrire, décrire ce que l'on ressent, imaginer des solutions, choisir ensemble la plus pragmatique et la plus efficace -a priori- et revenir dessus si çan'a pas fonctionné pour améliorer le tout). Du coup ça m'inspire un billet tout ça...
      Merci Clara !
      PS; et j'espère que les débuts de journée de mademoiselle vont s'arranger, c'est dur de commencer la journée comme ça !

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    3. Pour répondre à Superdahut, chez nous ça a beaucoup aidé le P'tit Prince qui imagine qu'on lit dans ses pensées...

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