lundi 24 février 2014

Lettre d'un enfant


Marcel Fernandez a traduit les attentes profondes des enfants vis-à-vis de leurs parents dans une lettre :

« Papa, maman, j'ai d'abord besoin de sentir que vous vous aimez, que vous resterez toujours ensemble. Ouvrez-moi mon avenir en vous aimant constamment. J'ai besoin d'être aimé pour grandir, d'être aimé avant de grandir. Créez autour de moi une famille heureuse pour que je puisse m'initier à mon rôle dans mon futur foyer. Aidez-moi à croire que le mariage est une chose sérieuse, nécessaire à mon bonheur.
Ne lisez pas trop de livres de psychologie pour me comprendre ; mon cas est unique. Mettez-vous à mon écoute, communiquez avec moi. Je ne suis pas un adulte-nain, perpétuellement confronté à vos attentes d'adultes, et par-là même menacé, corrigé, angoissé... Je n'ai ni votre expérience, ni la forme de votre pensée. Je vois votre monde de façon si personnelle que je ne comprends pas quand vous dites que je suis égoïste. Je ne suis ni un enfant-marionnette, désarticulé au gré de fils que vous tirez, ni un enfant sauvage à dompter, à me montrer. Je ne suis pas non plus un enfant-idole à mettre sur un piédestal, ange pur livré à l'adoration de parents agenouillés.
Je suis moi. Acceptez-moi donc comme un enfant-personne. Ma vie d'enfant "ne compte pas pour du beurre" ; elle est "pour de bon", dès ma conception, dès votre mariage. Ce que j'aime, ce n'est pas tant que vous me parliez, mais que vous parliez avec moi. Que votre autorité me sécurise, me rende "auteur" de ma propre vie ; qu'elle me discipline à être "disciple" du bien et du beau. Soyez pour cela le "régulateur" qui réduit à la fois les tensions du monde extérieur et qui amplifie mes moyens d'action.
Ne me retirez pas l'assurance de votre amour à la moindre de mes erreurs. Apprenez-moi à regarder comme vous, avec vous. Ne m'ignorez pas quand je me comporte bien, et ne me "tombez pas sur le dos" chaque fois que je me trompe. Il m'arrive parfois d'être découragé parce que vous faites attention à moi uniquement quand je fais mal... Ce qui me donne alors envie de mal faire, pour que vous vous occupiez de moi. Rendez mon obéissance juste et raisonnable. Quand vous vous trompez et que vous me demandez pardon, vous ne pouvez pas savoir combien je suis fier d'avoir des parents comme vous. Ne devenez pas mes "copains", pour être à la mode ; des copains, j'en ai trop, mais je n'ai que vous deux comme parents.
Soyez des parents libérateurs qui envoient de l'avant mais qui savent aussi freiner pour aider à prendre les virages difficiles. Et si cela "crisse" à ces moments-là dans le foyer, ayez la force de caractère de ne pas préférer votre petite tranquillité à la nécessité des "interdits" dont j'ai besoin.
Je sais que je vous donne de la peine. Je change tant et si vite ! La vie à la maison n'est pas drôle tous les jours. Dans ces moments-là, ne m'effrayez pas en me donnant l'impression que vous me retirez votre affection. Les choses dures que je vous dis parfois, je ne les pense pas vraiment ; ne me prenez jamais au mot quand je me fâche contre vous ; c'est alors que j'ai besoin de vous.
N'exigez pas que je change pour m'aimer, mais aimez-moi pour que je 
change. »


(Extrait du livre de Pierre Trevet « Parabole d’un curé de campagne » tome 3)

12 commentaires:

  1. ce texte est tellement juste: merci de l'avoir partagé!
    Caro

    RépondreSupprimer
  2. Réponses
    1. Oui...Va falloir laisser décanter un peu je crois...

      Supprimer
  3. Je l'ai déjà lu plusieurs fois... à chaque fois j'y ai découvert un nouvel aspect de l'éducation, une chose qui parle plus à un moment donné...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Encore un texte qu'on lit différemment à chaque fois !

      Supprimer
  4. superbe!!! merci ma belle pour ce partage!!! à lire et relire bien souvent qd nous sommes découragés ds notre rôle de parent!!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai qu'à certains moments on a particulièrement besoin de relire ce genre de chose !

      Supprimer
  5. Comme souvent ici, un texte qui fait réfléchir et nous ramène doucement sur les rails de notre devoir de parents, j'aime vraiment ça !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Bibiche ! Donc je continue à chercher des textes comme celui-ci si j'ai bien compris.

      Supprimer

Vos commentaires sont les bienvenus ! Ils permettent de partager encore plus et de nous enrichir mutuellement, alors n'hésitez pas !